Entre vision abandonnée et course affichée, une bascule s’opère. La France a longtemps porté l’idée, la Chine la matérialise aujourd’hui, avec un réacteur nucléaire rapide refroidi au sodium. Cette technologie promet plus d’énergie, moins de déchets et une sûreté repensée. Elle redessine l’équilibre industriel, tandis que le débat énergétique se déplace des laboratoires vers des unités prêtes à changer l’échelle.
Ce réacteur nucléaire rapide ferme le cycle et change l’échelle
Le 27 août 2025, selon media24.fr, Pékin annonce une avancée majeure. Le CFR-1000 est un réacteur à neutrons rapides de génération IV, refroidi au sodium. Il reste expérimental, pourtant il se révèle très prometteur. Il ferme le cycle du combustible et prépare une nouvelle échelle industrielle.
La performance suit le cap. Le système valorise l’uranium 238 et recycle le plutonium. On peut extraire jusqu’à cent fois plus d’énergie qu’en filière à eau pressurisée. À long terme, les déchets radioactifs diminuent d’environ 90 %, ce qui change la donne. Le rendement global progresse vite.
La sûreté progresse aussi. Testée en 2025 par la CIAE, la stratégie repose sur un refroidissement passif. Le sodium circule naturellement, sans pompe ni générateur. En cas de panne totale, la convection évacue la chaleur et le cœur reste stable. Dans ce cadre, le réacteur nucléaire rapide s’impose comme filière à cycle fermé.
Du CEFR à 1 000 MWe, le réacteur nucléaire chinois s’industrialise
La filière démarre en 2010 avec le CEFR de 20 MWe, prototype russo-chinois. Le CFR-600 de Xiapu, dans le Fujian, prend le relais comme démonstrateur de 600 MWe. Il sert de banc grandeur nature. En juillet 2025, la Chine finalise le design du CFR-1000, prévu après 2030, pour plus de 1 000 MWe.
La montée en puissance se construit par alliances. La Russie fournit du combustible depuis Elektrostal et l’expertise d’OKBM Afrikantov. Pour le CFR-600, un contrat signé en 2018 inclut des générateurs de vapeur ZiO-Podolsk. Il prévoit aussi un atelier dédié aux assemblages MOx à haut rendement.
En 2023, Rosatom scelle une coopération de long terme. Objectif déclaré : faire de la filière rapide sodium la colonne vertébrale d’ici 2050. Le monde stocke plus de deux millions de tonnes d’uranium appauvri, ressource aussitôt valorisée. À cette échelle, ce réacteur nucléaire devient un pivot industriel et stratégique.
La France pionnière sur plans, la Chine avance en usine
Côté français, ASTRID naît en 2010 au CEA, dans la lignée de Rapsodie, Phénix, Superphénix. Puissance visée : 600 MWe. Recycler le plutonium, valoriser l’uranium 238 et incinérer les actinides mineurs sont les objectifs. L’ensemble doit démontrer un réacteur nucléaire de génération IV à cycle fermé, jusqu’à cent fois plus productif.
La préparation suit un calendrier précis. Site pressenti à Marcoule, atelier de combustible à La Hague, essais prévus au Japon, à Tsuruga. Industriels : Bouygues, EDF, Areva, Rolls-Royce, Alstom. Jusqu’à 500 personnes et plus de 700 millions d’euros engagés.
En 2019, l’État juge le projet trop cher et non prioritaire. Le CEA propose une version à 100 MWe, refusée. En mars 2025, un réveil stratégique relance un démonstrateur dès 2038. Mise en service entre 2045 et 2050, puis industrialisation après 2060. Deux générations chinoises entrent en service. Le refroidissement passif est validé. Des tonnes de combustibles usés sont recyclées.
Ce choix technologique rebat aussi les cartes de la souveraineté énergétique
Reste l’enjeu décisif : qui maîtrise une boucle fermée fiable, rentable et sûre ? La Chine capitalise, la France temporise, alors que les ressources et la chaîne industrielle se déplacent. Dans ce paysage, un réacteur nucléaire rapide au sodium ne change pas seulement la technique. Il redéfinit la valeur des déchets, ainsi que le rapport de force énergétique naissant. Le signal est clair.