Sous la mer, une prouesse discrète change l’échelle du stockage. Grâce à un pipeline inédit et à un réservoir profond, le CO2 venu d’usines pourra être piégé pour très longtemps. Le pari repose sur trois idées. Intégrer la capture, maîtriser le transport et certifier l’enfouissement. Ainsi, une contrainte climatique devient un avantage compétitif durable. La promesse économique suit, car la demande industrielle existe.
Captage, navires et pipeline vers un réservoir à 2 600 mètres
Northern Lights est le bras opérationnel de Longship, stratégie norvégienne pour capter, transporter et enfouir le CO2. Aurora sert de réservoir profond, protégé par des couches rocheuses étanches. Dans le monde, moins de quarante sites injectent réellement du CO2 ; ici, l’échelle change grâce à une organisation industrielle.
À Brevik, une cimenterie récupère le CO2, le liquéfie, puis le charge sur des navires spécialisés vers Øygarden. Depuis la jetée, un pipeline sous-marin long de 100 kilomètres conduit le flux. Il rejoint Aurora à 2 600 mètres sous le fond marin. Les roches piègent le gaz, avec des barrières naturelles qui limitent tout risque de remontée.
Equinor conçoit et opérera les infrastructures, à terre comme en mer. Shell et TotalEnergies partagent l’investissement dans une coentreprise à responsabilité partagée. Le montage mutualise le risque et accélère la mise en service. Il garantit des engagements clairs sur volumes, délais, sécurité et suivi.
Capacité réservée, extension majeure et financement européen ciblé
La phase 1 stocke jusqu’à 1,5 million de tonnes par an et cette capacité est déjà réservée. Le système démarre sans période d’essai. Dès 2026, des volumes du Danemark et des Pays-Bas rejoindront le site, ancrant un stockage transfrontalier inédit à l’échelle européenne.
En mars 2025, un accord avec Stockholm Exergi l’a validée. La montée visera au moins 5 millions de tonnes par an. Le plan ajoute des réservoirs à terre, des pompes renforcées, un quai agrandi, des puits supplémentaires et de nouveaux navires. Chaque ajout cible un maillon précis pour augmenter le débit et réduire les délais.
Le financement atteint 153 millions de dollars via le programme Connecting Europe Facility for Energy. Le signal politique est fort : l’infrastructure devient un service régulé, auditable et bancable. Dans ce cadre, le pipeline s’aligne sur les standards d’un terminal énergétique, avec des contrats fermes et une traçabilité renforcée.
Rôle de TotalEnergies, marché mondial et pipeline au cœur de la comparaison
TotalEnergies mobilise son expertise du forage, des réservoirs et de la logistique offshore. Son apport couvre la conception des systèmes d’injection, la stabilité d’Aurora et la fiabilité des chaînes d’approvisionnement en CO2 liquide. Objectif : répliquer ce modèle en Europe, avec des sites adaptés aux contraintes locales.
Le marché mondial du CCS pourrait dépasser 200 milliards d’euros d’ici 2035. La croissance attendue atteint environ 18 % par an. L’UE a émis 2,5 milliards de tonnes en 2022 ; la phase 1 n’en couvre qu’environ 0,06 %. Le CO2 devient une matière logistique : capturé, liquéfié, transporté, tarifé, puis enfoui, certifié.
Dans ce paysage, Northern Lights vise 1,5 Mt dès 2025. Gorgon (Australie) atteint 4 Mt depuis 2019 ; Petra Nova (États-Unis) 1,4 Mt, relancé 2023. Illinois Industrial et Quest culminent à 1 Mt ; Sleipner à 0,9 Mt ; Snøhvit à 0,7 Mt. Le pipeline norvégien relie usines, mer et roche.
Ce jalon fixe des standards utiles et ouvre des marchés
Cette étape installe des standards de sécurité, de mesure et de contrats, utiles aux secteurs lourds. Les réservoirs sous-marins norvégiens offrent un atout géologique rare, que la coopération européenne peut amplifier. Quand la demande s’organise, la valeur se déplace vers le service. Avec un pipeline auditable, la réduction d’émissions devient mesurable, traçable et finançable, sans freiner pleinement la compétitivité industrielle.